Faire estimer une sculpture

La question se pose dans quatre situations : pour assurer, pour vendre, pour partager une succession, ou simplement pour savoir. Les réponses ne sont pas les mêmes, et c’est la première chose à comprendre.

Il n’existe pas une valeur, mais trois

Une même œuvre a trois valeurs différentes le même jour, et elles peuvent aller du simple au triple.

La valeur de remplacement est ce qu’il faudrait débourser pour acquérir une pièce équivalente chez un professionnel. C’est la plus élevée, et c’est celle qui intéresse votre assureur.

La valeur de marché est ce qu’un acheteur accepterait de payer aujourd’hui, dans des conditions normales. C’est celle qui compte pour une vente.

La valeur de liquidation est ce que l’œuvre atteindrait dans une vente rapide, sans choisir son moment. C’est la plus basse, et c’est souvent celle qui s’applique dans une succession pressée.

Quand quelqu’un vous annonce un chiffre, la première question à poser est donc : de quelle valeur parlez vous.

Cyclope élégant, sculpture de Gabriel Lemaire Sicre
Cyclope élégant. Pièce unique : aucune fonte numérotée, donc aucun exemplaire comparable à mettre en face pour discuter le prix. Voir l’œuvre

Qui peut estimer

Le commissaire-priseur. Il estime gratuitement en vue d’une vente aux enchères, et l’estimation est alors une fourchette de marché, souvent prudente. Pour un document opposable, il facture une expertise, généralement quelques centaines d’euros.

L’expert spécialisé. Membre d’une compagnie d’experts, il produit un rapport écrit et engage sa responsabilité. C’est ce qu’exigent les assureurs pour une valeur agréée et les notaires pour une succession.

La galerie ou l’agent qui représente l’artiste. Il connaît la production, les prix pratiqués, et ce qui s’est vendu récemment. Son estimation est la plus juste sur un artiste vivant, et la moins neutre s’il est aussi vendeur. C’est notre cas, et nous le disons.

Les estimations en ligne gratuites. Elles ont une utilité : donner un ordre de grandeur en cinq minutes. Elles en ont une autre, moins avouée : capter des œuvres à vendre. Prenez le chiffre comme une indication, jamais comme une valeur.

Ce qui fait la valeur d’une sculpture contemporaine

Six éléments, dans cet ordre d’importance.

L’artiste et sa trajectoire. Un artiste dont le travail est documenté, exposé, cité, vaut davantage qu’un artiste sans traces, à qualité égale. C’est injuste et c’est ainsi.

L’unicité. Une pièce unique n’est pas une fonte numérotée à huit exemplaires. Nos deux artistes ne produisent que des pièces uniques, ce qui simplifie l’estimation et supprime le risque de trouver la même chez le voisin.

La provenance. La chaîne des propriétaires depuis l’atelier. Une œuvre qui arrive avec sa facture d’origine, la fiche documentée et, s’il existe, le certificat d’authenticité, se défend mieux qu’une œuvre sans papiers. La différence de prix est réelle.

L’état. Les patines évoluent, les bois travaillent, c’est normal. Une restauration mal faite, en revanche, coûte cher en valeur. Ne faites jamais repeindre une pièce sans demander à l’artiste ou à son agent.

Le format et le sujet. À qualité égale, une pièce de cinquante centimètres se vend plus facilement qu’une pièce de deux mètres, parce que le nombre d’acheteurs possibles est plus grand.

La date. Les périodes charnières d’un artiste se valorisent davantage. Encore faut-il savoir dater la pièce, ce qui suppose une documentation sérieuse.

Groupie du pianiste, sculpture de Gabriel Lemaire Sicre
Groupie du pianiste. Année, dimensions, matière et machine d’origine sont documentées : c’est cette traçabilité qui se paie à la revente. Voir l’œuvre

Comment nous estimons, concrètement

Pour une œuvre de l’un des deux artistes que nous représentons, nous procédons en quatre temps.

Nous identifions la pièce dans notre catalogue, ce qui donne immédiatement l’année, les dimensions, la matière et le prix de première vente. Nous regardons ce que des pièces comparables du même artiste ont atteint récemment. Nous ajustons selon l’état, en demandant des photographies sous plusieurs angles. Puis nous donnons une fourchette, et nous disons de quelle valeur il s’agit.

C’est gratuit, cela prend quelques jours, et cela n’engage à rien. Si vous souhaitez vendre, nous vous disons franchement si nous pouvons le faire et à quelles conditions.

Nous ne faisons pas d’estimation sur des artistes que nous ne représentons pas : nous n’aurions rien de sérieux à dire.

Ce qu’il faut nous envoyer

Quatre photographies, prises de face, de dos et de trois quarts, en lumière naturelle et sur fond neutre. Les dimensions exactes, hauteur, largeur, profondeur. Le poids approximatif si vous pouvez le mesurer. Et tous les documents que vous possédez : facture, certificat, correspondance avec l’artiste, photographie ancienne de l’œuvre en place.

Une signature, une inscription ou un numéro sous la pièce se photographient de près. C’est souvent ce détail qui permet d’identifier une œuvre avec certitude.

Le piège à connaître

Méfiez vous de toute estimation très supérieure au marché, surtout si elle s’accompagne d’une proposition de mise en vente payante. Le mécanisme est connu : on vous annonce un prix flatteur, vous payez des frais de mise en ligne ou de catalogue, et l’œuvre ne se vend jamais.

Un professionnel sérieux se rémunère sur la vente, pas sur l’espoir de la vente. C’est d’ailleurs le modèle que nous appliquons, et nous l’expliquons dans notre article sur le rôle d’une agence artistique.

Pour aller plus loin

Si votre question porte sur le prix d’achat plutôt que sur la revente, nous détaillons ce qui compose un prix dans comment est fixé le prix d’une œuvre. Et si votre projet est d’assurer la pièce, le mode d’emploi est dans assurer une œuvre d’art chez soi.

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