Quentin Trobas, fondateur d’ARTDELION

On demande rarement à une agence qui la dirige. On demande ce qu’elle vend. Pourtant, dans un métier où l’on défend le travail de quelqu’un d’autre, la question de savoir qui regarde n’est pas secondaire. C’est la seule qui compte.

Un regard différent, au sens propre

Je suis né avec un handicap visuel. Enfant, cela pouvait se refermer sur moi comme une porte. Cela a fait l’inverse. J’ai appris très tôt à regarder autrement, plus lentement, plus profondément, en cherchant sous la surface ce qui ne se donne pas au premier coup d’œil.

C’est peut-être là que s’est formé mon œil pour l’art, sans que je le sache encore. Parce que voir une sculpture, une toile, une matière travaillée, ce n’est jamais une question d’acuité. C’est une question d’attention.

Ce qui s’apprend avant de savoir le nommer

Ma mère m’a transmis cette attention avant que j’aie les mots pour la décrire. C’est elle qui, la première, m’a ouvert les portes des musées, des ateliers, des concerts, et qui m’a appris qu’un tableau se lit comme une phrase et qu’une note de musique se ressent comme une émotion.

À ses côtés, et auprès de Gabriel Lemaire Sicre, proche de la famille et artiste lui-même, qui m’a initié au piano et m’a donné le goût de la peinture, je n’ai pas seulement appris des techniques. J’ai appris une langue. C’est celle que je parle encore aujourd’hui, à travers ARTDELION.

Il est aujourd’hui l’un des deux artistes que l’agence représente. Je ne connais pas de plus belle boucle que celle-là : défendre le travail de celui qui vous a montré, enfant, ce qu’une couleur pouvait faire.

Ce que mon père m’a transmis

Si ma mère m’a ouvert les yeux, mon père m’a appris ce qu’il faut de discipline pour que ce qu’on voit devienne quelque chose. Le travail d’abord, tous les jours, sans attendre l’envie. La rigueur ensuite, c’est-à-dire finir ce qui est commencé et le finir correctement, même quand personne ne regardera le détail. Et la persévérance, qui n’est pas de l’entêtement mais la capacité de revenir le lendemain sur ce qui a résisté la veille.

C’est de lui que je tiens l’idée qu’une valeur ne se raconte pas, elle se transmet en la pratiquant devant quelqu’un. Le partage, la parole tenue, le respect du travail d’autrui, je les ai vus avant de les comprendre.

Je dois donc ce métier à deux héritages qui semblent n’avoir aucun rapport. L’ouverture d’esprit d’un côté, la rigueur de l’autre. Séparés, le premier devient de la rêverie et le second de la sécheresse. Ensemble, ils donnent une manière de travailler, et une identité qui m’appartient parce qu’elle vient de mes propres expériences autant que de ce que l’on m’a transmis.

Un chemin qui n’a rien d’une ligne droite

Adolescent, l’école m’a semblé un costume trop étroit, taillé pour d’autres que moi. J’ai décroché, non par renoncement, mais parce que j’avais besoin de trouver ma propre mesure du monde. On appelle souvent cela un échec. J’y vois un premier virage, celui d’un jeune homme qui refuse une route qui n’est pas la sienne, même sans savoir encore laquelle prendre.

J’ai trouvé la mienne pendant onze ans, dans la terre. On ne façonne pas un jardin en un jour. On apprend à attendre, à corriger, à recommencer. Ces onze années ne sont pas un détour avant ma véritable vie, elles en sont le socle. C’est là que j’ai appris ce qu’aucune école ne m’aurait enseigné aussi bien : la valeur du temps long, et celle de l’effort qui ne se voit pas tout de suite.

Comprendre la vente pour pouvoir servir l’art

Puis j’ai voulu comprendre les rouages d’un monde que j’observais depuis toujours en amateur passionné, celui de l’entreprise, de la stratégie, de la vente. Je suis retourné apprendre, par choix cette fois, avec la faim de celui qui sait déjà ce qu’il veut en faire.

Cette reconversion m’a mené vers des fonctions commerciales, où j’ai découvert une autre vérité : vendre, au fond, ce n’est jamais convaincre. C’est comprendre l’autre, et lui révéler ce qu’il cherchait sans toujours savoir le nommer.

C’est exactement ce que fait l’art. C’est exactement ce que je voulais faire pour lui.

ARTDELION, Paris, 2026

De ce croisement est née une conviction : il existe des artistes dont le travail mérite d’être vu, et qui n’ont pas les ponts vers ceux qui pourraient les reconnaître. C’est ce pont que j’ai voulu construire.

Le Petit Chaperon rouge, sculpture de Gabriel Lemaire Sicre, Le Paradis des Machines
Le Petit Chaperon rouge, Gabriel Lemaire Sicre. Relier, c’est faire sortir de l’atelier une pièce que personne n’aurait vue autrement. Voir

ARTDELION est né de là, à Paris, en 2026. Ni un hasard, ni un coup de tête, mais l’aboutissement d’un chemin qui, avec le recul, n’a jamais dévié de sa direction, seulement de sa vitesse. Chaque étape qui aurait pu ressembler à un obstacle, le regard différent, l’école quittée trop tôt, les années de travail manuel avant les années de bureau, a en réalité déposé une pierre de plus dans les fondations.

Je ne raconte pas cette histoire pour qu’on s’attarde sur ce qui a été difficile. Je la raconte parce qu’elle explique pourquoi je fais ce métier avec cette exigence : parce que je sais ce que coûte un rêve qu’on refuse d’abandonner, et parce que je sais reconnaître, chez un artiste, cette même obstination tranquille qui ne se voit pas toujours mais qui fait toute la différence.

Regarder, éprouver, relier

Trois verbes, dans cet ordre. Regarder longtemps avant de juger. Éprouver, c’est-à-dire accepter d’être touché avant d’analyser. Relier, enfin, parce qu’une œuvre qui reste dans un atelier n’a pas fini son chemin.

L'Immobilier, Pierre Le Caër | ARTDELION
L’Immobilier, Pierre Le Caër. Regarder longtemps avant de juger : ce que le titre annonce n’est pas ce que la forme raconte. Voir

C’est ce que fait une agence artistique, et c’est ce qui distingue ce métier de celui d’une galerie. ARTDELION représente aujourd’hui deux artistes, Pierre Le Caër et Gabriel Lemaire Sicre, dont les catalogues complets sont publiés depuis la page catalogues.

La page l’agence raconte la maison. Pour une question précise, le contact est direct.

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