Une agence se juge à ses artistes. ARTDELION en représente deux, ce qui est peu et volontaire. Deux démarches très différentes, trois cents œuvres documentées, et un point commun qui n’a rien d’anecdotique : les deux hommes assemblent du matériau trouvé.
Pierre Le Caër, la matière bretonne
Pierre Le Caër est né à Brest en 1947. Avant la sculpture, il y a eu le judo de haut niveau, le Japon où il séjourne trois ans à partir de 1968, San Francisco, Reno, puis un dojo qu’il ouvre à Paris en 1989 dans le dix-huitième arrondissement. L’expression artistique arrive tard et d’un coup, au printemps 1995 : une fine lamelle de bois de chêne, deux vieux clous, et une composition existe.

Depuis, il assemble tous les jours. Métal forgé, pierre de Bretagne, écorce, bois flotté, coquillages ramassés en marchant. Ses œuvres ont été montrées au Crédit Mutuel de Bretagne, à la Fédération Française de Judo, à la mairie de Brest et à la Galerie Bastien à Bruxelles. Il travaille aujourd’hui dans un atelier de 700 m² à Ploudalmézeau, face à la mer d’Iroise.
Son catalogue complet réunit 137 pièces, réparties en six ensembles, des œuvres anciennes des années 1990 aux pierres suspendues, une série où des galets tenus par du fil de cuivre ou de la corde flottent sans rien toucher.
Gabriel Lemaire Sicre, les machines de Graulhet
Gabriel Lemaire Sicre a passé une vingtaine d’années dans l’informatique avant de consacrer sa vie à la couleur. Il peint d’abord, projetée sur de grandes plaques de contreplaqué. En août 2013, il quitte la région parisienne, cherche un grand bâtiment dans le Sud et arrive à Graulhet, dans le Tarn, dans une usine de 1955 entièrement vide.

Le lieu explique l’œuvre. Graulhet fut une des capitales mondiales du cuir, spécialisée dans la mégisserie. Le déclin de cette mono-industrie a laissé derrière lui des machines à l’abandon dans les friches et les ateliers de construction mécanique. La première pièce fut une presse de vingt tonnes, découverte sur un parking, que l’artiste décrit comme le plus imposant Pac-Man qu’il ait jamais vu. Elle avait échappé au ferrailleur parce que le poids du métal ne compensait pas le prix du transport vers la fonderie.
Depuis, il démonte, dégraisse au petit couteau de cuisine, apprête et peint. « Pour arriver à l’instant de grâce, il faut passer par l’instant de graisse. » Les couleurs sortent du pot, sans mélange, choisies pour que l’œuvre puisse être restaurée si elle se fane. Certaines pièces pèsent plusieurs tonnes et la couleur leur enlève leur masse.
Son catalogue complet réunit 163 œuvres en treize chapitres, d’un panthéon de machines devenues dieux jusqu’aux tableaux du début. Aucune n’est proposée à la vente : Le Paradis des Machines est une collection, et le lieu se visite.
Ce que les deux ont en commun
Ni l’un ni l’autre n’achète son matériau. Le métal, la pierre, le bois, la machine, tout vient de ce qui a été abandonné par quelqu’un d’autre. Chez Pierre Le Caër c’est le hasard d’une promenade, chez Gabriel Lemaire Sicre c’est la fin d’une industrie. Dans les deux cas l’œuvre commence par un regard porté sur un objet dont personne ne voulait plus.
C’est aussi pour cela qu’aucune de leurs pièces n’est reproductible. Il n’y a pas d’édition, pas de série, pas de tirage. Une œuvre, un exemplaire.
Voir et acquérir
Les deux catalogues, dont le mode d’emploi est expliqué ici, sont accessibles depuis la page catalogues. Les œuvres actuellement disponibles à l’acquisition sont réunies dans la boutique. Pour une question sur une pièce précise, une visite d’atelier ou une demande de renseignement, le contact est direct.
Les artistes qui souhaitent rejoindre ARTDELION passent par la page candidature.