Glossaire des machines de mégisserie

Les œuvres du Paradis des Machines portent des noms qui ne disent rien à personne aujourd’hui : écharneuse, foulon, palisson, lisseuse, velouteuse. Ce sont pourtant des mots précis, qui désignent chacun une étape du passage de la peau au cuir. Voici ce que faisait chaque machine, dans l’ordre de la chaîne.

Ce qu’est la mégisserie

Premier point à poser, parce qu’on confond systématiquement. La tannerie traite les grandes peaux, celles des bovins. La mégisserie traite les petites peaux, ovins et caprins, pour la chaussure, la ganterie et l’habillement.

Le mot vient de mégis, un ancien terme désignant un bain d’eau, d’alun, de sel et de cendres. Graulhet fut l’une des capitales mondiales de cette activité, spécialisée dans la basane, la peau tannée aux extraits végétaux.

La phase humide, dite travail de rivière

L’écharneuse. Elle intervient après l’épilage. La peau est encore chargée d’épiderme et de graisses. La machine comporte plusieurs rouleaux et une lame : les rouleaux entraînent la peau vers la lame, qui la gratte. Elle retire l’épiderme, les résidus de poils et les graisses excédentaires, et met le derme à nu. Deux ouvriers l’opèrent, l’un plaçant la peau, l’autre l’étirant.

Le foulon. C’est le cœur battant de l’atelier. Un tonneau tournant sur son axe, rempli d’eau et d’agents tannants. C’est là que se fait le tannage, puis la teinture et le nourrissage. Le mot vient du latin fullonem, celui qui presse les étoffes, et il est attesté en français depuis le douzième siècle.

La phase sèche, corroyage et finissage

La presse. Après le tannage, la peau est gorgée d’eau. Il faut l’essorer, et c’est le rôle des presses. Elles servent aussi, chauffées, au grainage et au gaufrage.

Lisseuse de mégisserie abandonnée, avant transformation, Gabriel Lemaire Sicre
Une lisseuse, machine de finition, retrouvée dans les ronces. Le nom du constructeur est encore lisible sur le bâti.

Le palisson. L’outil de l’assouplissement. Dans sa forme d’origine, c’est un banc de bois massif dans lequel est encastrée une lame de fer en demi-cercle, à tranchant arrondi, sur lequel l’ouvrier tire la peau. Le mot est attesté comme outil de mégissier depuis 1723. La palissonneuse est sa version mécanisée.

La lisseuse. Machine de finition, qui aplanit et fait briller la fleur, la face extérieure du cuir. Le verbe lisser est attesté dans ce sens depuis le quinzième siècle, pour le calandrage des draps.

La velouteuse. C’est la machine du ponçage. Le veloutage donne au cuir son aspect velouté, et produit le velours, le nubuck ou le daim. Un cuir velouté réagit à la lumière d’une manière que le cuir lissé n’a pas.

Les mots qui ne sont dans aucun dictionnaire

Deux entrées de la collection posent un problème passionnant.

Dépôt d’un atelier de construction mécanique à Graulhet
Un dépôt d’atelier de construction mécanique à Graulhet. C’est là que finissent les machines dont plus personne ne sait le nom exact.

La poinçonneuse est bien définie dans les dictionnaires, mais comme machine-outil du métal : un poinçon plein et une matrice creuse, pour perforer. Dans le cuir, le principe est identique, mais l’usage relève plutôt de la maroquinerie, pour les œillets et les perforations, que de la mégisserie.

Le refouloir est le cas le plus intéressant. Les dictionnaires en donnent trois définitions, et aucune ne concerne le cuir : en artillerie, un cylindre de bois monté sur hampe pour pousser la charge au fond du canon ; en technologie, un outil de fer à extrémité dentée pour tasser le mortier ; en serrurerie, un ressort de fer forgé.

Le sens commun est donc simplement ce qui repousse. Ce qui signifie très probablement que refouloir est un mot d’atelier, propre aux mégisseries graulhétoises, qui n’a jamais été enregistré. Autrement dit, un mot que la disparition de l’industrie a emporté avec elle, et dont une machine peinte est aujourd’hui le seul témoin.

Nous n’inventerons pas sa fonction. Nous préférons la question posée.

Pourquoi ce vocabulaire compte

Une machine dont on ignore la fonction n’est qu’une forme. Une machine dont on sait qu’elle grattait la graisse d’une peau de mouton pour qu’elle devienne un gant, c’est autre chose.

Le catalogue complet réunit 163 œuvres en treize chapitres. Les deux transformations les plus démonstratives montrent la même machine avant et après, et l’histoire de Graulhet explique pourquoi ces machines se sont retrouvées dans les ronces.

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